Après le chantier 6 min de lecture

Les garanties après travaux : qui couvre quoi, et pendant combien de temps

Parfait achèvement, biennale, décennale, dommages-ouvrage : quatre mécanismes distincts, souvent confondus. Leur point de départ commun est la réception du chantier.

Tout part de la réception

Les garanties légales ne courent pas depuis la fin des travaux, ni depuis l'emménagement : elles courent depuis la réception, l'acte par lequel le maître d'ouvrage accepte l'ouvrage. Sans réception, pas de point de départ — et une situation juridiquement floue qui ne profite à personne.

GarantieDuréeCe qu'elle couvreQui la doit
Parfait achèvement 1 an Tous les désordres signalés à la réception, et ceux révélés dans l'année, quelle que soit leur gravité L'entreprise qui a réalisé les travaux
Bon fonctionnement (biennale) 2 ans Les éléments d'équipement dissociables du bâti : volets, robinetterie, radiateurs, portes intérieures L'entreprise
Décennale 10 ans Les désordres compromettant la solidité de l'ouvrage, ou le rendant impropre à sa destination Tout constructeur : entreprises, architecte, bureaux d'études
Dommages-ouvrage 10 ans Le préfinancement des réparations relevant de la décennale, sans attendre la recherche de responsabilité Le maître d'ouvrage la souscrit avant l'ouverture du chantier

La décennale, et ce qu'elle recouvre vraiment

Le critère n'est pas la gravité apparente du désordre, mais son effet. Une fissure de façade peut relever de la décennale si elle laisse passer l'eau, et n'en pas relever si elle est purement esthétique. Une infiltration en toiture, un défaut de fondation, un plancher qui fléchit, une isolation défaillante au point de rendre le logement inhabitable entrent dans le champ. Une peinture mal appliquée n'y entre pas.

Chaque intervenant doit être assuré pour son propre lot, et l'attestation doit être en cours de validité à la date d'ouverture du chantier — pas à la date du devis. C'est un point à vérifier avant de signer, et à re-vérifier si le chantier s'étale sur plusieurs années.

DésordreRelève de la décennalePourquoi
Fissures traversantes en façade ou en dallage Oui Atteinte à la solidité, ou passage d'eau
Infiltrations en toiture ou en terrasse Oui Rend le logement impropre à sa destination
Affaissement, défaut de fondation Oui Solidité de l'ouvrage
Charpente attaquée, corrosion structurelle Oui Solidité de l'ouvrage
Isolation si défaillante que le logement devient inhabitable Oui Impropriété à la destination, appréciée sur son ampleur
Chauffage ou eau chaude hors service, sans solution Oui Idem, si l'équipement est indissociable du bâti
Assainissement non fonctionnel Oui Impropriété à la destination
Volet, robinetterie, radiateur défectueux Biennale Équipement dissociable du bâti
Fissure esthétique, faïençage superficiel Non Ni solidité, ni impropriété
Peinture, finitions, raccords Non Relève du parfait achèvement, la première année
Usure normale, défaut d'entretien Non N'est pas un vice de construction
Le critère n'est jamais la gravité apparente, mais l'effet : atteinte à la solidité, ou impropriété à la destination.

Faire jouer la garantie : l'ordre des gestes

La procédure est simple mais séquentielle, et sauter une étape fait perdre du temps.

Le point à retenir : agir avant l'expiration des dix ans. Une déclaration faite le neuvième mois de la dixième année reste recevable ; une réclamation formulée le lendemain de l'échéance ne l'est plus.

La dommages-ouvrage : impopulaire, et pourtant décisive

C'est le maître d'ouvrage — vous — qui doit la souscrire avant le début des travaux, pour une construction neuve comme pour une rénovation lourde. Beaucoup s'en dispensent, faute de sanction immédiate. Son utilité apparaît le jour du sinistre : elle finance les réparations rapidement, sans attendre qu'un tribunal ait déterminé qui, de l'entreprise, du bureau d'études ou du fabricant, est responsable.

Son absence se paie aussi à la revente : le vendeur d'un bien de moins de dix ans doit indiquer si cette assurance a été souscrite, et son défaut engage sa responsabilité envers l'acquéreur.

Ce qu'il faut conserver

Ce dossier ne sert à rien pendant des années, puis devient soudain le seul document qui compte. Une chemise suffit ; l'oublier coûte beaucoup plus cher.

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